Mathilde et Clotilde

Je suis arrivé à la conclusion qu’aucune pensée n’est intelligible, alors qu’avant je croyais que les pensées étaient des opinions que nous comprenions, bien qu’elles s’opposent les unes aux autres. Nous pouvons néanmoins savoir ce qu’elles incitent à faire, mais pas où cela mène. Comme Macbeth, nous agissons selon ce que disent des sorcières, puis nous constatons que l’histoire qu’elles ont contée était écrite par un idiot. Je n’ai pas choisi de croire en la faculté de comprendre, c’est ce que tout le monde dit, ce que des sorcières pourraient faire croire. Aussi, lorsque j’étais à l’école, seul le cours de mathématique m’intéressait, car c’est le seul où je croyais que tout était vrai, qu’il y avait quelque chose à comprendre. Or, la vérité ne concerne pas les mathématiques, seulement les opinions. C’est une opinion parmi d’autres.

Ne rien comprendre à ce qu’on pense est une opinion. Je dois opposer l’intelligible à ce qui ne le serait pas. Je comprends uniquement ce qui se montre, par là-même ce que les hommes peuvent faire. Or, si cela se montre, il n’y a rien à comprendre. Nous croyons qu’il y aurait quelque chose à comprendre aux mathématiques, alors que nous pouvons montrer ce qu’il faut faire. Ainsi, je peux tailler de petits bâtonnets, tous identiques, puis montrer que chacun est égal à n’importe quel autre. Tout le monde peut le voir. Si l’on me dit que ce n’est jamais vrai dans la nature, disons que des carottes ne sont jamais identiques, je répondrais que je ne parle pas de la nature, mais de bâtonnets créés de façon à ce qu’ils le soient. J’écris un, puis à nouveau un, je ne vois pas de différence. Ils sont égaux. Je peux aligner les bâtonnets et les nommer : un, deux, trois, etc. Je peux montrer que le bâtonnet deux est égal à deux bâtonnets. Il n’y a rien à comprendre. Cela permet de compter des carottes et toutes sortes de choses, mais dire que deux sacs de dix carottes seraient égaux est une opinion. Bien sûr, les objets mathématiques ne se résument pas à de simples assemblages de bâtonnets. Cependant, un mathématicien a appris à les manipuler, comme un musicien a appris à jouer d’un instrument de musique. Il faut apprendre à le faire et nous pouvons montrer comment le faire.

Personne ne peut me montrer la compréhension. Je ne peux pas me la représenter, comme je peux le faire avec les bâtonnets. Aussi, il y a ce que les hommes disent de ce qu’ils font, qu’ils peuvent montrer, comme de dire que je pianote sur un ordinateur pour écrire ces lignes, et les pensées qui le justifient. La compréhension concerne nos pensées qui sont des opinions. Nous ne pouvons jamais montrer qu’elles sont vraies. Aussi, nous ne pouvons pas les comprendre, seulement croire qu’elles seraient vraies ou fausses. Ainsi, je peux penser que des sacs de dix carottes sont égaux, mais pas montrer qu’ils le sont. Je ne fais que le croire et croire que je le comprends. Cela semble anodin, pourtant c’est la croyance que des cornets de frites pourraient être égaux qui mène à égaliser les pommes de terre, par la génétique ou le tri, par là-même, à égaliser ceux qui les consomment en leur faisant croire à une même opinion. Nous ne savons pas où cela peut mener. Il n’y a rien d’anodin à écouter des sorcières. Une opinion ne peut que s’imposer en faisant croire qu’elle serait vraie. Nous sommes contraints d’y croire parce que la loi le dit, pour ne pas être réprimés, ou encore parce que tout le monde le dit, pour être sages ou raisonnables.

La définition ne m’est d’aucun secours : embrasser ou saisir par l’intelligence, ou alors concevoir (un synonyme de comprendre), ou encore se faire une juste idée de quelque chose. D’une part, cela semble absurde qu’une chose que personne ne voit puisse embrasser ou saisir quelque chose, d’autre part, personne ne peut me montrer une juste idée. Aristote évoquait déjà ce problème :

“ Or, la définition se compose nécessairement de mots, et ces mots ne doivent point être l’ouvrage de celui qui définit, car ils n’auraient pas de signification connue. Les expressions dont on se sert doivent être intelligibles pour tous. Il faut donc bien que celles qui entreraient dans la définition de l’Idée [Aristote parle de la théorie des Idées de Platon] fassent partie de la définition d’autres êtres. Si l’on te définissait, on dirait : animal, maigre, ou blanc, ou tel autre mot, lequel peut convenir à un autre être que toi. On prétendra sans doute que rien n’empêche que toutes les expressions ne conviennent séparément à un grand nombre d’êtres, et qu’en même temps ce soit à tel être, seul qu’elles conviennent. Mais d’abord animal bipède est commun aux deux êtres, je veux dire l’animal et le bipède. ”

Lorsque Platon définissait la beauté comme étant le reflet d’une beauté primitive, ce n’était pas intelligible selon Aristote, parce que la beauté primitive n’a pas de signification connue. Pourtant, je peux me la représenter sous la forme d’une fée qui rendrait les choses belles d’un coup de baguette magique. Je fais alors comme si des soldats de plomb pouvaient se faire la guerre ou que des bâtonnets pouvaient se compter entre eux. Une telle fée ne pourrait pas se définir. Aristote considère qu’il n’y aurait jamais eu de mots qui ne pourraient pas se définir par d’autres mots. Or, la beauté n’est que ce que nous pouvons en dire. Nous justifions qu’une chose serait belle sans que personne ne puisse montrer sa beauté. La définition de la beauté est ce que celui qui la définit trouve beau, cela ne peut pas être intelligible pour tous.

Lorsque nous ouvrons un dictionnaire, nous voyons des mots associés à des définitions qui sont composées d’autres mots. Ainsi, si l’on me définissait, on pourrait dire animal, maigre, ou blanc, ou tel autre mot. Sauf que l’on ne peut pas me définir. Cela reviendrait à dire que je pourrais être la même chose, dans le sens de un égal un, que quelque chose qui aurait la même définition. Un mot peut être un nom commun, animal, maigre ou blanc, ou un nom propre qui nomme quelqu’un ou quelque chose. Nous ne pouvons définir que les noms communs. Je suis un être (par ce qui est commun à d’autres choses) par ce qui peut me définir, mais ce n’est qu’une opinion. Je ne suis pas plus animal, maigre ou blanc, qu’une carotte n’est un. Il en va de même pour la beauté qui est un être par ce qui peut la définir. La beauté n’est pas un nom commun, mais un nom propre, le reflet d’une beauté primitive telle que celui d’Aphrodite, pas parce qu’elle aurait été belle, mais parce qu’elle serait la beauté qui rendrait les choses belles d’un coup de baguette magique, comme nous pourrions dire que Chronos est le reflet du temps. Dans ce cas, une définition serait ce que nous croyons être la beauté ou le temps, de même que je peux croire être un animal, maigre ou blanc.

Nous constatons que nous confondons nom propre et nom commun, puisque le temps et la beauté sont dans la section des noms communs des dictionnaires. Un nom propre désigne quelqu’un ou quelque chose qui aurait pu disparaître, tels que Victor Hugo ou le soleil. Nous ne pouvons pas les confondre avec des noms communs. Si Hugo était un nom commun, ce serait pour évoquer ce qu’il faisait parce qu’il aurait créé quelque chose, une façon particulière d’écrire, que nous aurions pu nommer par son nom. Nous ne ferions pas la confusion entre l’outil et l’auteur, puisque le nom commun désignerait ce qu’il aurait créé. Les noms propres dont nous parlons ne désignent ni quelqu’un, ni ce qu’il aurait créé. Aussi, ils ne désignent que l’usage du mot, ce que quelqu’un a dit. Ainsi, le temps (le dieu Chronos) aurait pu dire que dans tant de jours ce sera le solstice d’été, il aurait dit le temps, et Aphrodite aurait pu dire que telle chose était belle, elle aurait dit la beauté. Ce qu’ils ont dit est l’usage du mot. Nous ne pourrions pas le définir. Nous devons le croire. Pour cela, il faut que nous puissions le voir, de la même façon que nous devons voir l’égalité des cornets de frites pour y croire. Ce n’est pas ce que nous voyons, ce que nous pouvons montrer, mais ce que nous pensons voir, ce que quelqu’un peut nous faire croire. Aussi, ces noms désignent des choses invisibles dont nous voyons des effets qui justifient ce qui est dit. Ils sont intelligibles par ceux qui y croient, par là-même qui croient celui qui le dit. Ce sont des croyances.

A l’époque d’Aristote, le soleil était un nom propre, parce qu’il est unique et que les gens ne savaient pas que c’était une étoile. Nous pourrions penser que l’étoile est un nom commun seulement parce que le ciel est étoilé, alors que cela reviendrait à dire que Mathilde et Clotilde seraient des noms communs lorsque plusieurs personnes portent ce nom. Lorsque nous disons que le soleil est une étoile c’est parce que nous avons défini l’étoile, ce n’est pas parce que le ciel est étoilé.

J’ai un poulailler dans lequel vit une poule. Je peux la nommer poule qui est alors un nom propre, car vous ne pouvez pas savoir s’il s’agit d’un nom commun, de même qu’un enfant qui apprend à dire maman pour la première fois, ne peut pas savoir que maman n’est pas le nom de sa mère. Je peux en avoir une seconde que je peux tout autant nommer poule. Ce n’est pas parce qu’il y a deux poules que le mot est un nom commun, de la même façon que si un enfant appelle sa tante maman, ce n’est pas parce qu’il la confond avec sa mère. Pour distinguer les deux poules, je dois leur donner des noms différents, tels que poule-Mathilde et poule-Clotilde. De la même façon que les habitants d’un village pourraient appeler tous les étrangers étranger, en les distinguant par celui qui est maigre et celui qui fait du vélo. Poule-Mathilde et poule-Clotilde ne sont pas des poules (des êtres par ce qui est commun à d’autres choses), car ce ne sont pas les mêmes choses. Pour que ce soit des poules, nous devons définir le mot poule, en faire un nom commun, de même que pour l’enfant, sa maman sera une maman lorsque lorsqu’il pourra définir le mot.

Un nom commun est un outil, dans le même sens où un tournevis est un outil. Il a été créé pour faire quelque chose qui permet de voir quelque chose, de même qu’un tournevis permet de voir des vis vissées en les vissant. Aussi, le nom commun poule ne désigne pas les poules, mais sa définition. Il permet de chercher les oiseaux (de faire quelque chose) qui sont des poules (de voir quelque chose) selon la définition. Ainsi, l’enfant appelle sa mère maman tant qu’il ne sait pas la définir, puis pourra dire qu’une personne est une maman lorsqu’elle correspond à la définition. Soit il reconnaîtra une maman selon ce qu’on lui a dit, de la même façon que Chronos aurait pu dire le temps, soit parce qu’il pourra se représenter un nom commun, comme nous pouvons nous représenter un par un bâtonnet. Un nom commun est nécessairement un écrit, une trace humaine, tel qu’un assemblage d’objets ou de dessins qui représente quelque chose qui peut se décrire par des mots. C’est un outil créé par l’homme que tout le monde peut se représenter indépendamment de ce qu’il permet de faire, de même que nous pouvons nous représenter un par un bâtonnet indépendamment de ce qu’il permet de compter. Sans l’écrit, nous ne pourrions pas nous le représenter. Par exemple, nous pouvons nous représenter l’atome par un noyau et des électrons qui tournent autour. C’est un nom commun.

La différence entre le nom propre qui n’est pas défini, et celui qui ne peut pas se définir, est que ce dernier ne désigne pas quelque chose qui serait visible. Même si personne n’a jamais vu de dinosaures, d’atomes ou même de licornes, nous pourrions ou aurions pu les voir, car nous savons nous les représenter. Les noms propres qui désignent des choses invisibles, tels que la beauté, le temps, ou même Dieu, ne peuvent pas se voir, car ne pouvant pas les définir, nous ne pouvons pas nous les représenter. Ainsi, quelqu’un qui dirait avoir vu Dieu, ne pourrait pas nous dire ce qu’il a vu. Nous ne pouvons même pas dire qu’ils sont imaginaires, car nous ne pouvons pas définir l’imagination qui est elle-même un nom propre, ce n’est que ce quelqu’un a dit.

Dans le cas du dessin d’une poule, nous ne savons pas s’il s’agit d’un nom commun ou d’un dessin de poule-Clotilde, de la même façon que nous ne savons pas si le dessin d’un atome serait ce que quelqu’un aurait vu. C’est pourquoi nous pouvons les confondre. Lorsque nous voyons un film qui présente la vie des dinosaures, nous ne voyons pas qu’ils sont tous la représentation du mot, que ce ne sont pas des dinosaures que quelqu’un aurait pu voir. Nous ne voyons pas qu’ils sont tous identiques, comme des bâtonnets pour apprendre à compter. Aussi, dans ce que nous disons, nous ne distinguons pas si nous évoquons un nom commun ou un nom propre. Ainsi, lorsque je dis que la poule est un ovipare, je définis le nom commun, alors que lorsque je dis que les poules pondent des œufs, je parle du nom propre, car je peux le dire sans connaître la définition. Cette confusion est la base de tous les paradoxes. Ainsi, il n’y a jamais eu de premier œuf ou de première poule, car nous confondons le nom commun (la poule) et le nom propre (qui nomme les poules). La première poule est ce qu’un homme aurait reconnu comme étant une poule selon la définition que lui-même en a donnée. C’est une opinion, quelqu’un qui aurait dit que cet animal était une poule, sinon nous considérerions que toutes les poules seraient la même chose, qu’une carotte pourrait être un ou que je pourrais être animal, maigre ou blanc.

Lorsque nous lisons Aristote, nous constatons qu’il définit les mots qu’il utilise selon leurs usages, car à son époque il n’y avait pas de dictionnaire. Il avait hérité des mots en apprenant à parler, de la même façon que nous. L’usage ne permet pas de savoir si un mot est un nom propre ou un nom commun. D’une part, nous ne pouvons pas le questionner tant que les mots ne sont pas définis, d’autre part, nous apprenons à parler avant d’avoir appris qu’ils peuvent se définir. Aussi, les philosophes grecs qui définissaient les mots n’en questionnaient pas l’usage. Ils ne cherchaient pas à savoir si dire que la poule (le nom commun) pond des œufs est intelligible, alors que cela revient à dire que des soldats de plomb pourraient faire la guerre, seulement à savoir si ce qui était dit était vrai ou faux. Or, les poules pondent des œufs. Par ailleurs, la définition conduit à ce qu’une chose soit quelque chose, que Poule-Mathilde soit une poule ou que je sois un animal, maigre ou blanc. Cette citation de Parménide permet de voir où cela mène de le croire.

“ Allons, je vais te dire et tu vas entendre quelles sont les seules voies de recherche ouvertes à l’intelligence ; l’une, que l’être est, que le non-être n’est pas, chemin de la certitude, qui accompagne la vérité ; l’autre, que 1’être n’est pas et que le non-être est forcément, route où je te le dis, tu ne dois aucunement te laisser séduire. Tu ne peux avoir connaissance de ce qui n’est pas, tu ne peux le saisir ni l’exprimer ; car le pensé et l’être sont une même chose. ”

Je suis un animal, maigre ou blanc est ce que je peux connaître. Cela ne signifie pas que je suis un être dont je ne connais que certaines choses et que, d’une façon ou d’une autre, je pourrais en connaître d’autres, mais que je suis un non-être sur lequel j’ai des opinions qui peuvent se vérifier lorsqu’elles sont vraies, comme nous pouvons vérifier qu’il y a dix carottes dans un sac. Je suis quelque chose que je ne peux pas définir, qui n’est pas (le non-être), sinon je serais la même chose que tout ce qui est animal, maigre ou blanc. C’est bien à cela que servent les noms communs, à faire quelque chose pour voir ce qu’ils permettent de voir, que poule-Mathilde est une poule ou qu’il y a dix carottes dans un sac. Par conséquent, nous ne pouvons pas dissocier l’être et le non-être, car ce que je vois, disons quand j’observe poule-Mathilde, est ce qui n’est pas. Je ne vois pas une définition, seulement poule-Mathilde. En éliminant le non-être, je m’interdis de voir, je dois penser ce que je vois. Je ne fais plus attention à ce qu’elle fait, mais à ce qu’elle devrait faire selon ce que je pense, selon la connaissance que j’ai de ce qu’elle est. Je ne peux qu’en douter, car ce qu’est poule-Mathilde est une opinion. Nous créons un paradoxe en éliminant le non-être : s’il n’y en a pas, je dois pouvoir tout connaître de la poule, puisque toutes les poules devraient être une même chose, alors que je ne peux qu’en douter car je ne peux jamais le vérifier, comme si quelque chose était là pour m’en empêcher. Il n’y a rien pour m’en empêcher. Je ne doute pas de ce que je vois, mais de ce que je pense voir. Ainsi, la lune qui m’éclaire la nuit n’est rien d’autre que ce que je vois. Je n’en doute pas tant que je ne pense pas ce qu’elle est, sphérique ou un satellite de la terre.

Comment puis-je savoir que poule-Mathilde est une poule puisque c’est une opinion ? L’être est un nom propre que nous ne savons pas définir. Aussi, l’être est ce que quelqu’un dit. Cette poule est une poule parce que quelqu’un me l’a dit. Il n’a pas besoin de me montrer comment je peux le voir (en faisant quoi) pour le dire. L’être fait le lien entre le nom propre et le nom commun. Ce qui veut dire que ce qui est pensé est seulement le lien, puisque nous ne pouvons penser ni le nom commun (l’outil), ni le nom propre. Ainsi, je ne peux pas me penser, puisque je ne suis que ce qui peut se penser, et il en va de même pour ce bâtonnet (un outil) qui représente un. Donc, l’être élimine le non-être, en faisant croire qu’il n’est pas ou qu’il n’y en pas, parce que quelqu’un l’a dit. Nous devons le croire parce qu’il aurait la connaissance de ce qui est, par exemple parce qu’il serait philosophe. Ainsi, je n’ai pas besoin de savoir montrer que nous pouvons apprendre à compter avec des bâtonnets (c’est pourtant ainsi j’ai appris) pour avoir la connaissance de ceux qui savent compter. Je pourrais d’ailleurs savoir compter sans avoir cette connaissance qui n’est que ce que je peux penser, que ceci serait un et pas cela. C’est donc la justification que je sais compter. Aussi, nous ne pouvons pas penser par nous-mêmes avant d’avoir acquis les connaissances de ceux qui savent. Nous devons les croire, alors qu’ils n’ont que des opinions qui justifient qu’ils ont appris et ne permettent pas de savoir comment ils ont appris, ni même s’ils ont appris.

Tout se ramène alors à savoir si ce qui est dit est vrai, puisqu’on peut dire n’importe quoi, qu’une fée pourrait rendre les choses belles, ou encore ne pas dire la vérité. Si je dois me fier à des gens qui peuvent me mentir, comment puis-je savoir si la terre est une sphère ou si elle est plate ? Je ne le peux pas, car je ne peux le voir que si quelqu’un me montre comment le voir à partir de l’objet mathématique (la sphère), sinon je ne peux que penser le voir. Je n’ai qu’une opinion, comme celle que les cornets de frites seraient égaux.

Nous avons hérité de la logique des philosophes grecs dont l’objet est de chercher la vérité, chercher si ce qui est dit est vrai (puisque ce qui est est seulement ce que quelqu’un dit). Or, les plus connus ont réussi a imposer la croyance que le non-être pourrait se penser qui conduit à croire que nous pourrions tout connaître et, dans le même temps, nous fait douter des connaissances. Ils ont imposé une doxa (les choses seraient quelque chose) en critiquant tous ceux qui la mettaient en doute, tel que Zénon dont les paradoxes qui confrontent ce qui se pense à ce qui ne se pense pas, sont aujourd’hui encore considérés comme résolus par des scientifiques. Or, la terre n’est pas quelque chose. Dire que ce serait une sphère est une opinion. Nous devons faire quelque chose, en faire le tour ou voir une photo satellite, pour vérifier qu’elle a les caractéristiques d’une sphère, sans être une sphère, et nous pouvons tout autant faire quelque chose, marcher pendant des centaines de kilomètres, pour vérifier qu’elle a les caractéristiques d’un plan, sans être un plan. Il n’y a que ce que les hommes peuvent faire. Il n’y a rien d’invisible que quelqu’un pourrait connaître, la beauté, le temps ou l’intelligence. Si comme le suggérait Parménide, la connaissance est ce qui est, nous ne pouvons en avoir aucune, car c’est ce qui n’est pas qui peut être quelque chose. La connaissance ne sont que les opinions que nous avons sur ce qui n’est pas. Ce qui nous importe ne sont pas les opinions qui nous contraignent à être quelque chose, c’est ce qui n’est pas : nous !

Pour sortir de ce carcan qui nous conduit à devoir croire ceux qui connaîtraient la vérité, qui peuvent nous mentir, nous devons apprendre à voir les choses, par là-même comment nous avons appris à les voir à l’aide des outils que sont les noms communs. En effet, la doxa des philosophes grecs conduit à croire, par exemple, que celui qui sait ce que sont les objets de la géométrie serait géomètre, alors que c’est seulement quelqu’un qui le dit. Un géomètre a appris à manipuler des points, un cercle est un point autour duquel nous en traçons d’autres à une même distance, de même que nous apprenons à compter en manipulant des bâtonnets. N’importe qui peut le voir. Or, nous ne savons pas comment nous avons appris à dire que ceci est un cercle et pas cela. Nous connaissons la vérité sans savoir comment nous l’avons apprise. Or, cela ne se pense pas, pas plus que nous n’apprenons à marcher ou à jouer du piano par la pensée, nous devons le faire et le faire encore. La logique conduit à chercher une cause dont l’effet se voit : certains savent la vérité et pas d’autres. L’intelligence est la cause qui rend le cercle intelligible, c’est quelqu’un qui le dit, qui le décrète. Ceux qui ne le savent pas ne seraient pas intelligents, car ils ne comprennent pas que ceci est un cercle. Je ne le comprends pas non plus. Je ne peux que croire ceux qui me diraient que je le comprends. Ce cercle n’est rien d’autre que ce que j’ai dessiné avec un compas.

Aussi, il suffit de raconter des histoires qui évoquent des choses visibles par tous, ni celles que nous ne voyons pas, ni celles que nous aurions pu voir, comme les dinosaures, pour montrer comment nous apprenons à utiliser les noms communs ou encore comment nous créons les croyances. Peu importe qu’elles soient vraies, que j’ai un poulailler ou pas, du moment qu’elle parle de ce que n’importe qui pourrait voir. Ces histoires ne peuvent pas se penser et ne cherchent pas la vérité. Elles parlent de ce que les hommes peuvent faire. Personne ne peut savoir s’ils doivent le faire. C’est la vérité qui nous le fait croire. Tant que nous pensons ce que nous voyons, que poule-Mathilde serait une poule, nous ne voyons pas. Nous ne faisons pas attention à ce qu’elle fait, mais à ce que nous pensons qu’elle devrait faire, parce qu’elle serait une poule, la même chose que les autres poules. Il n’y a de pourquoi que dans nos croyances, qu’elle devrait faire ceci plutôt que cela, parce que nous le croyons. Lorsque cela concerne les hommes, nous pouvons savoir pourquoi lorsque nous connaissons leurs croyances. Ainsi, Macbeth a tué le roi parce qu’il croyait ce que disaient les sorcières qui prédisaient qu’il serait roi. C’est ce que quelqu’un lui a dit et qu’il a cru.

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