La fabrique du consentement

Le documentaire d’ARTE donne l’impression qu’il s’agit du passé, que la propagande ou la publicité ne nous concerneraient plus, tout au plus qu’elles ne feraient que nous influencer. La raison est que nous pensons, comme ceux qui sont interrogés, que nous avons un esprit (quelque chose qui habiterait notre cerveau) qui nous guiderait, alors que c’est justement cette croyance qui permet la fabrication du consentement : « les gens pensent être gouvernés par leurs propres opinions et leurs pensées rationnelles, alors que non, ils sont soumis à leur inconscient et leur subconscient sans même le savoir, donc il faut contourner leur logique (minute 18 du documentaire). » « Or, pour qu’un message publicitaire soit perçu, il suffit que le cerveau du téléspectateur soit disponible (Patrick Le Lay). » Pour adhérer à la propagande, la seule chose que nous ayons à faire est de l’écouter. Aussi, dès que nous débattons d’une loi, que nous écoutons les informations à la télévision ou que nous les lisons dans des médias ou sur Internet, nous sommes soumis à une propagande. Cela fonctionne parce que nous ne le savons pas, que nous ne comprenons pas le problème corps esprit. Nous pourrions aussi penser que la propagande ce sont les informations mensongères, alors qu’elles le sont toutes. Ce n’est pas nous qui croyons avoir des pensées rationnelles, mais tout le monde. Ceux qui font la propagande pensent également qu’ils ont un esprit, qu’ils seraient plus intelligents que nous. Ils peuvent chercher le bien commun selon leur rationalité. Aussi, nous considérons comme mensongères les informations qui vont à l’encontre de la propagande que nous-mêmes pourrions véhiculer. Cependant, « ce n’est pas une concurrence libre, parce qu’elle coûte cher. Dans ce type de situation ceux qui ont le plus de ressources, comme les grandes entreprises et parfois les gouvernements, gagnent à tous les coups, tout simplement parce qu’ils ont plus de moyens (minute 40 du documentaire). » Aussi, la propagande n’est que l’opinion de ceux qui ont le pouvoir, c’est-à-dire les richesses.

Notre corps agit selon l’esprit des choses qui font partie de notre environnement, différentes selon notre statut social, et dit ce qu’il a appris à dire en écoutant les gens qu’il côtoie, les médias, ou encore de ce qu’il en a déduit ou induit. Le faire et le dire sont deux agissements distincts, c’est pourquoi nous pouvons parler d’un inconscient, puisqu’il peut y avoir des écarts entre ce que le corps peut faire et ce qu’il dit qui est ce qu’il faudrait qu’il fasse, ou encore ce que les autres devraient faire. Ce que le corps dit est ce que les corps (le nôtre ou celui des autres) pourraient faire. Aussi, nous devons distinguer ce que nous pouvons faire (ce que le corps peut faire), de ce qu’il faut faire (ce que nous ou d’autres pouvons dire) en supposant que des corps pourraient le faire.

Nous ne savons de ce que les corps peuvent faire que ce que nous pouvons en dire. Aussi, lorsque quelqu’un nous dit ce qu’il faut faire, nous ne savons pas, tout au moins pas toujours, si c’est bon ou mauvais pour nous. Pour le savoir, il faudrait prévoir l’avenir, car ce qui semble bon aujourd’hui pourrait être mauvais demain, mais aussi prévoir les révoltes de notre corps. Pour ce dernier cas, nous pouvons l’appréhender par nos émotions, mais faut-il encore que nous ayons appris à ce qu’il n’y ait pas d’écart entre ce que nous disons, je suis fatigué, j’ai faim, j’ai peur… et ce que nous faisons. Or, pour cela nous devons l’apprendre, ce que nous ne faisons pas lorsque nous considérons que c’est notre esprit (habitant notre cerveau) qui pourrait nous le dire et nous influencer, alors que nous devons les détecter comme le ferait un observateur. Lorsque nous savons le faire, il y aura toujours un écart entre ce que nous faisons, comme un sportif qui s’entraînerait trop, et ce que nous disons, en l’occurrence qu’il n’est pas fatigué.

Certains savent ce qu’il faut dire, mais personne ne sait ce qu’il faut faire. Un médecin sait comment nous pourrions soigner telle ou telle maladie, mais personne ne peut savoir si nous devons le faire, car il faudrait prévoir l’avenir ou comment notre corps réagirait à telle opération ou tel médicament. Comme personne ne le sait, nous avons tendance à faire ce que ceux qui savent disent. Nous devons alors distinguer la science, les relations de cause à effet comme celui d’un médicament, de l’opinion, qu’il est bien de prendre tel médicament. Aussi, il est important de comprendre si ce qui est dit est scientifique, ce que nous savons faire lorsque nous comprenons que la science doit s’appliquer pour être démontrée, car elle n’est pas induite du particulier. Aussi, lorsqu’elle est appliquée, que nous avons des preuves que l’effet se produit lorsque nous en connaissons la cause, nous pouvons savoir ce qu’il est possible de faire, sans pour autant savoir s’il faut le faire. C’est l’objet de la politique de dire ce qu’il faut faire quand personne ne le sait. Il s’agit alors soit de faire ce qui semble bon pour celui qui le dit, soit d’inciter à faire une chose issue de la science. Il s’agit toujours de choisir parmi des opinions ce qui est bien et mal. Il n’y a de rationalité que lorsque nous parlons de la science, pas de son application. Aussi, le peuple (ceux qui font) n’est pas plus irrationnel que ceux qui disent, simplement ceux qui disent et ceux qui font n’ont pas les mêmes intérêts. Leur rationalité est alors une perspective selon leurs propres croyances, ce qu’ils pensent qu’il faut faire, ou lorsqu’ils le savent, selon la perspective de ce qui est bon ou mauvais pour eux. C’est ainsi que la guerre peut être bonne pour ceux qui sont certains de ne pas être sous les bombes. L’objet de l’opinion n’est jamais le bien commun.

La fabrication du consentement c’est dire ce qu’il faut faire de façon à ce que certains le fassent, alors que personne ne sait ce qu’il faut faire. Il n’y a rien d’autre, il suffit de le dire et d’être entendu pour que tout le monde le dise. Cependant, cela induit que ceux qui font aient la croyance que ceux qui disent savent ce qu’il faut faire, et que ces derniers aient les moyens de se faire entendre. Ils seront confrontés aux croyances de ceux qui font, mais au fil du temps, ceux qui font auront appris à répéter celles de ceux qui disent. Nous devrions déduire de ce documentaire que tous les problèmes que nous cherchons à résoudre aujourd’hui, comme la surconsommation qui conduit à la pollution, ou les inégalités sociales, proviennent de la fabrication du consentement des années antérieures. La propagande d’aujourd’hui est celle qui nous laisse penser que quelqu’un pourrait savoir comment les résoudre. Ainsi, plus personne ne pense que le seul objet de la démocratie est de fabriquer un consentement. Pour cela, il ne s’agit que d’une question de confiance : nous consentirons si nous croyons que ceux qui disent savent. Ils ne peuvent pas le démontrer. Aussi, ils finiront par réduire au silence ceux qui pourraient dire le contraire, éliminer du langage ce qui permettrait de le dire, en le faisant passer dans l’inconscient collectif, comme lorsque nous disons que l’esclavage est aboli, utiliser des expressions qui ne vont pas à l’encontre de nos croyances, ou encore manipuler l’information pour masquer ou mettre en avant certains événements. Cela fonctionne car nous sommes manipulés par notre propre croyance qui conduit à penser que ce que nous disons provient de nous (d’un esprit qui nous habiterait), c’est-à-dire que nous ne ferions pas que répéter les opinions de quelqu’un qui ne sait pas plus que nous.

Il est donc impossible de ne jamais adhérer à la propagande, sauf à imaginer qu’il soit possible de ne pas écouter les médias et de ne lire aucune information. Par ailleurs, cela supposerait que ce que nous ayons appris à l’école, de nos parents… n’était pas issu d’une propagande antérieure. La seule chose que nous pouvons faire est de mettre en doute ce que nous pensons par nous-mêmes. Pour éviter que la propagande puisse nous nuire, nous devrons alors chercher à qui « profite le crime ». Lorsque nous disons qu’il faut faire ceci ou cela, nous devons nous demander à qui cela profite, parmi ceux qui détiennent le pouvoir.

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